Article écrit le 08/04/2026 – Par MINGZI – Crédit photo : 123RF
Artisan, profession libérale, gérant majoritaire … Face à des pensions retraite souvent incertaines, les travailleurs non-salariés (TNS) ont tout intérêt à anticiper leur retraite. Le Plan d’Épargne Retraite (PER) s’impose aujourd’hui comme un outil à la fois souple et fiscalement avantageux. Encore faut-il en comprendre les subtilités.
Contrairement aux salariés du secteur privé, les travailleurs non-salariés (TNS) bénéficient d’un taux de remplacement de revenus à la retraite structurellement plus faible. En effet, les régimes de retraite obligatoires auxquels ils cotisent couvrent rarement plus de 50 % des revenus d’activité. Pour un indépendant, le choc à la retraite peut être brutal.
Dans ce contexte, le PER, créé par la loi PACTE en 2019, s’impose comme l’outil incontournable de la préparation retraite des TNS. Il a remplacé les anciens contrats Madelin, produit d’épargne indépendant, tout en conservant leurs avantages fiscaux, et en ajoutant une flexibilité de sortie bien supérieure.
Le PER pour les indépendants : un dispositif adapté aux réalités des TNS
Là où un salarié perçoit un salaire stable, un indépendant peut voir ses revenus fluctuer fortement d’une année sur l’autre. Le PER permet justement d’adapter ses versements à cette réalité, tout en optimisant la fiscalité, ce qui en fait un produit particulièrement adapté aux capacités d’épargne retraite des indépendants.
Plafond PER TNS : des règles de déductibilité avantageuses
L’un des intérêts du PER pour les indépendants réside dans la déduction fiscale des versements. Les plafonds applicables aux TNS sont généralement plus élevés que pour les salariés. Le calcul repose sur deux options, dont on retient la plus favorable :
- 10 % du bénéfice imposable (BIC ou BNC), dans la limite de 8 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS)
- Ou 10 % du PASS (minimum forfaitaire)
À cela s’ajoute une spécificité héritée du contrat retraite Madelin : les indépendants peuvent également déduire 15 % supplémentaires sur la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS.
Concrètement pour 2026 : avec un PASS fixé à 48.060 euros, la déduction fiscale pour un TNS peut atteindre au minimum 4.806 euros et au maximum 88.911 euros. À titre de comparaison, un salarié est plafonné à 37.680 euros maximum
Avantages fiscaux PER : comment réduire son imposition
La déduction fiscale du PER permet de diminuer directement le revenu imposable. Prenons un exemple concret : un avocat déclarant 100.000 euros de bénéfices non commerciaux peut déduire 10 % de 100.000 € (soit 10.000 €) plus 15 % de (100.000 € – 48.060 €) = 15 % × 51.940 € = 7.791 €, soit un total d’environ 17.791 € déductibles. Si l’avocat est soumis à une tranche marginale d’imposition de 41 %, cela représente une économie d’impôt de plus de 7.000 euros sur une seule année.
Ce mécanisme fait du PER indépendants un outil particulièrement efficace pour lisser la pression fiscale, notamment lors des années de forte activité.
Le report des plafonds non utilisés : une souplesse précieuse
Les revenus d’un indépendant sont souvent irréguliers. Une bonne année peut succéder à une année creuse. La règle du report est dans ce cas un atout majeur. Si vous n’avez pas utilisé la totalité de votre plafond une année, l’excédent est reportable pendant trois ans. Avec la nouvelle loi, les plafonds non utilisés à partir de 2026 pourront être reportés pendant 5 ans (soit jusqu’en 2031 pour les plafonds non utilisés en 2026).
Par ailleurs, les couples mariés ou pacsés peuvent en outre mutualiser leurs plafonds.
Après plusieurs années sans versements significatifs, il est donc possible de rattraper le retard lors d’un exercice particulièrement favorable.
Sortie du PER TNS : capital, rente ou combinaison
Le PER offre trois modalités de sortie à la retraite, ce qui le distingue des anciens contrats retraite Madelin qui imposaient une sortie en rente viagère :
- Sortie en rente viagère : un revenu régulier à vie. La rente est imposée à l’impôt sur le revenu, après application d’un abattement de 10 %, comme une pension de retraite classique. Un abattement de 30 % à 70 % selon l’âge s’applique également sur la part des prélèvements sociaux (17,2 %).
- Sortie en capital : en une ou plusieurs fois. Le capital correspondant aux versements déduits est soumis à l’impôt sur le revenu. Les gains sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %.
- Sortie mixte : combinaison des deux
À noter : il est possible de renoncer à la déduction fiscale lors des versements. Dans ce cas, à la sortie, la rente est imposée comme une rente viagère à titre onéreux, avec un abattement de 30 % à 70 % selon l’âge. Cette option est intéressante pour les indépendants peu imposés aujourd’hui qui anticipent une hausse de leur taux marginal à la retraite.
Les cas de déblocage anticipé
Le PER est par principe un placement bloqué jusqu’à la retraite. Mais la loi prévoit plusieurs situations exceptionnelles permettant de récupérer l’épargne avant l’échéance. Voici les événements qui permettent le déblocage anticipé du PER :
- Achat de la résidence principale
- Invalidité du titulaire ou d’un proche
- Décès du conjoint
- Surendettement
- Cessation d’activité non salariée suite à liquidation judiciaire
Pour les indépendants, cette dernière situation est particulièrement importante : elle offre une forme de filet de sécurité en cas de difficulté.
Les erreurs fréquentes
Mal utilisé, le PER TNS peut perdre une partie de son intérêt. Certaines erreurs fréquemment commises peuvent être évitées lorsque le PER est souscrit avec l’accompagnement d’un conseiller.
Attendre la dernière minute
Verser en fin d’exercice est courant, mais calculer le montant optimal à la hâte peut conduire à sous-utiliser le plafond ou, à l’inverse, à dépasser les seuils déductibles.
Ignorer les plafonds reportables
Beaucoup de TNS ne savent pas que leurs plafonds non consommés des trois années précédentes figurent sur leur avis d’imposition. Résultat : beaucoup d’indépendants sous-utilisent leur capacité de déduction, faute de suivi précis.
Choisir un contrat mal adapté
Tous les PER ne se valent pas : frais de gestion, qualité des supports d’investissement (fonds en euros, unités de compte), options de gestion pilotée … Le contrat et les supports d’investissement doivent être choisi en fonction du profil de risque et de l’horizon de placement : des supports trop prudents ou mal diversifiés limitent la performance à long terme.
Oublier la fiscalité de sortie
Le PER n’est pas une exonération, mais un report d’imposition. Il faut anticiper sa situation future. La déduction à l’entrée génère un avantage immédiat, mais il est décalé à la sortie. Un indépendant qui anticipe de faibles revenus à la retraite profitera pleinement de ce décalage ; un autre avec des revenus fonciers importants doit en tenir compte dans sa stratégie.





