Assurance-vie : votre fonds en euros pourrait rapporter davantage en 2026 … mais tous les contrats ne se valent pas

Article écrit le 27/09/2026 – Par Myriam Souveton

Bonne nouvelle pour les détenteurs d’une assurance-vie : le rendement moyen des fonds en euros pourrait grimper à 2,90 % en 2026, puis à 3,20 % en 2027. Mais certains contrats profiteront beaucoup plus de la remontée des taux que d’autres. Voici pourquoi.

Le contexte obligataire est redevenu nettement plus favorable aux fonds en euros. Après avoir rapporté environ 2,65 % en moyenne en 2025, sa rémunération pourrait atteindre 2,90 % en 2026, puis 3,20 % en 2027, selon les projections de Good Value for Money.

Pourquoi votre fonds en euros peut rapporter davantage

Les assureurs placent une grande partie de l’argent des fonds en euros dans des obligations d’États et d’entreprises.

Pendant des années, ces placements rapportaient peu. Les compagnies ont donc accumulé dans leurs portefeuilles des obligations rémunérées à des taux très faibles.

Mais avec des taux longs revenus à des niveaux élevés et une OAT française à dix ans ayant dépassé 4 % en 2026, les assureurs peuvent désormais remplacer progressivement leurs anciennes obligations par des titres bien plus rémunérateurs. Concrètement, ce renouvellement intervient lorsque les obligations détenues par l’assureur arrivent à échéance : l’émetteur rembourse alors le capital, que la compagnie peut réinvestir dans de nouvelles obligations aux taux du moment. Si celles-ci offrent, par exemple, 4 % de rendement alors que les titres arrivant à terme ne rapportaient que 1 % ou 2 %, le rendement moyen du portefeuille s’améliore progressivement.

À chaque renouvellement, le moteur du fonds en euros gagne donc un peu en puissance. Mais il faut être patient car les anciennes obligations ne disparaissent pas du jour au lendemain.

Pourquoi certains contrats feront beaucoup mieux que d’autres

Un fonds en euros lancé récemment peut investir immédiatement dans des obligations offrant des rendements élevés. Il part donc avec une longueur d’avance.

Un vieux contrat, lui, peut encore détenir une quantité importante de titres achetés lorsque les taux étaient proches de zéro.

Autre critère à surveiller : la collecte. Lorsqu’un assureur attire beaucoup de nouveaux versements, il reçoit de l’argent frais qu’il peut placer directement aux taux actuels.

Deux fonds en euros peuvent ainsi afficher des performances très différentes.

Des taux bonifiés à regarder dans le détail

Dans ce contexte plus favorable, les assureurs multiplient également les offres de rendement bonifié. Certaines peuvent afficher des taux de 4 %, voire 5 % sur le fonds en euros.

Ces offres peuvent présenter un intérêt, mais elles doivent être appréciées en fonction de leurs conditions. Les bonifications sont généralement accordées pour une durée limitée, souvent sur les nouveaux versements, et peuvent parfois être conditionnées à l’investissement d’une partie de l’épargne en unités de compte, dont le capital n’est pas garanti.

Il convient donc de distinguer le taux bonifié, souvent temporaire, du rendement propre du fonds en euros sur le long terme.

Des taux élevés … avec un effet secondaire

La remontée des taux a aussi un inconvénient : elle fait baisser la valeur de marché des anciennes obligations.

Tant que l’assureur conserve ces titres jusqu’à leur échéance, cette baisse reste une moins-value latente. La situation pourrait devenir plus délicate dans l’hypothèse de retraits très importants et simultanés, qui contraindraient une compagnie à vendre certains titres avant leur remboursement et donc, éventuellement, à constater des pertes.

Un choc de taux peut également rendre d’autres placements nouvellement émis plus attractifs, ce qui peut encourager certains épargnants à déplacer leur épargne. C’est donc la combinaison d’une forte baisse de la valeur des obligations anciennes et d’éventuelles sorties importantes de capitaux qui constitue le scénario le plus sensible. Ce risque doit toutefois être relativisé : les assureurs gèrent précisément leurs portefeuilles afin de faire face aux rachats et disposent de réserves et d’actifs liquides. La hausse des taux devient ainsi surtout problématique lorsqu’elle est suffisamment rapide pour réduire fortement la valeur des actifs avant que les compagnies aient eu le temps de renouveler leurs portefeuilles.

Ce scénario alimente parfois les inquiétudes autour de la loi Sapin 2. Adoptée en 2016, celle-ci permet au Haut Conseil de stabilité financière, en présence d’une menace grave et caractérisée pour la stabilité du système financier, de limiter temporairement certaines opérations sur les contrats d’assurance-vie, notamment les rachats ou les arbitrages. Il s’agit toutefois d’un dispositif exceptionnel de sauvegarde, et non d’un mécanisme déclenché automatiquement lorsque les taux montent. Son objectif est notamment d’éviter qu’un mouvement massif de retraits ne contraigne les assureurs à céder dans l’urgence une grande quantité d’actifs dans de mauvaises conditions de marché.

Pour les épargnants, cette possibilité peut susciter une certaine appréhension sur la disponibilité de leur épargne en période de crise. Elle rappelle surtout l’importance de la solidité financière des assureurs et de leur capacité à absorber des mouvements de marché sans devoir céder précipitamment leurs actifs.

Les réserves détenues par les compagnies, notamment leur provision pour participation aux bénéfices (PPB), jouent également un rôle important. Ce matelas leur permet de lisser les rendements et de soutenir la rémunération des contrats lorsque cela est nécessaire.

Selon l’ACPR, la PPB représentait, fin 2025, 4 % des provisions d’assurance-vie des contrats individuels, contre 4,3 % un an plus tôt. Cette réserve constituée au fil des années peut être progressivement redistribuée aux assurés et permet de lisser la rémunération des contrats. L’ACPR souligne d’ailleurs que son utilisation a contribué, aux côtés de l’amélioration du rendement des actifs des assureurs, au maintien du taux moyen servi sur les supports en euros individuels à 2,63 % en 2025.

Ces chiffres restent toutefois des moyennes : le niveau de PPB varie sensiblement d’un assureur à l’autre. Deux compagnies confrontées au même environnement de taux ne disposent donc pas nécessairement de la même capacité à soutenir ou à lisser le rendement de leurs fonds en euros.

Les critères à regarder avant de comparer

Se contenter de regarder le « taux moyen du fonds en euros » risque donc d’être trompeur. Pour comparer deux contrats, il faudra davantage examiner l’ancienneté du fonds, la dynamique de collecte, les réserves de l’assureur et les conditions attachées aux éventuels bonus.

La remontée des taux est une bonne nouvelle pour les fonds en euros. Mais elle pourrait surtout faire apparaître un marché à deux vitesses, avec des écarts de rendement beaucoup plus visibles qu’auparavant.

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