Article écrit le 22/02/2026 – Par MINGZI – Crédit photo : 123RF
D’ici 2040, plusieurs milliers de milliards d’euros vont changer de mains en France. Derrière ce mouvement discret mais massif, une réalité démographique implacable : le vieillissement des générations du baby-boom. Explications d’un basculement aux effets durables.
Une vague silencieuse portée par la démographie
La transformation est déjà en marche. Comme le souligne la note « La grande rotation » publiée en février 2026 par le Cercle de l’Épargne, les quinze prochaines années verront s’opérer un transfert patrimonial d’une ampleur inédite.
Les générations nées entre 1945 et 1965 détiennent aujourd’hui plus de la moitié du patrimoine des ménages. Or, leur avancée en âge entraîne mécaniquement une hausse du nombre de successions. En 2025, la France a enregistré environ 651.000 décès, contre 547.000 en 1981. Ce chiffre devrait dépasser les 700.000 par an dans les prochaines années. Entre 2026 et 2040, près de 10 millions de décès sont attendus.
Chaque disparition enclenche une transmission. Additionnées, ces successions représentent plusieurs milliers de milliards d’euros d’actifs — logements, contrats d’assurance vie, entreprises — appelés à changer de mains.
Des héritiers plus âgés, un héritage transformé
Mais au-delà des montants, c’est la nature même de l’héritage qui évolue.
Dans les années 1980, l’âge moyen des héritiers se situait autour de 45 ans. La transmission intervenait alors à un moment clé de la vie : achat d’un premier logement, lancement d’une activité professionnelle, constitution d’un patrimoine.
Aujourd’hui, l’âge moyen des héritiers oscille entre 50 et 55 ans. À l’horizon 2035–2040, il pourrait atteindre 58 à 62 ans. Autrement dit, une part croissante des transmissions aura lieu après la fin de la vie active.
Ce glissement change la fonction économique de l’héritage. Il ne sert plus prioritairement à construire un avenir professionnel, mais à consolider une situation, sécuriser la retraite ou préparer la transmission suivante. L’héritage devient un outil de stabilisation plus que d’expansion.
L’immobilier, pièce maîtresse du mouvement
Le patrimoine des ménages français reste largement dominé par la pierre : plus de 60 % des actifs sont immobiliers, soit environ 6.400 milliards d’euros en 2024.
La mécanique successorale y joue un rôle central. Lors du décès d’un des conjoints, le logement reste généralement au survivant. Ce n’est qu’au second décès que la transmission intervient pleinement. Dans la majorité des cas, les biens hérités sont ensuite vendus.
Avec 10 millions de décès attendus d’ici 2040, environ 5 millions de logements pourraient ainsi revenir progressivement sur le marché. En valeur cumulée, cela représente entre 700 et 900 milliards d’euros. Un flux susceptible d’influencer durablement le marché immobilier, tant en termes d’offre que de prix.
L’assurance vie, cœur financier des successions
Autre pilier majeur : l’assurance vie. Avec plus de 2.100 milliards d’euros d’encours, elle constitue le principal support d’épargne financière des Français.
Les capitaux versés au titre des décès atteignent déjà environ 43 milliards d’euros par an. Sur la période 2026–2040, entre 750 et 900 milliards d’euros pourraient être transmis via ces contrats.
Compte tenu de l’âge élevé des bénéficiaires, une part importante de ces sommes devrait être réinvestie, souvent dans des supports sécurisés comme les fonds en euros. Là encore, la logique n’est plus celle de la prise de risque ou de l’investissement entrepreneurial, mais de la préservation du capital et de la recherche de revenus complémentaires.
700.000 entreprises en quête de repreneurs
La rotation ne concerne pas seulement les ménages. D’ici 2040, entre 650.000 et 750.000 entreprises pourraient être transmises, alors que près de 30 % des dirigeants auront plus de 60 ans d’ici 2035.
Près de 4 millions d’emplois sont en jeu. Or, la pyramide des âges laisse craindre un nombre insuffisant de repreneurs. Faute d’anticipation, certaines entreprises pourraient disparaître ou être absorbées, entraînant une concentration accrue du tissu économique.
Anticiper pour préserver
Cette « grande rotation » n’est ni brutale ni spectaculaire. Elle est lente, progressive, mais irréversible. Elle appelle une préparation minutieuse : organisation des transmissions, réflexion fiscale, accompagnement des dirigeants.
Car derrière les chiffres se joue l’équilibre économique et social du pays. Transmettre, ce n’est pas seulement passer un patrimoine ; c’est assurer la continuité d’un projet, d’un logement, d’une entreprise, d’une vie.
Source : Le Cercle de l’épargne – Février 2026 – « La grande rotation »





